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Jean-Jacques Kupiec,
Et si le vivant était anarchique ?

L’idée maîtresse du livre est que la notion d’ordre entrave la compréhension du vivant : chaque chose serait déterminée dans ses rapports aux autres, possèderait une place attitrée. Cette idée sévit dans tous les domaines, mais la vie en est le champ privilégié. Et pourtant, comme on le verra, cette idée est loin d’aller de soi.


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L’idée de l’ordre, pour ne pas dire l’obsession, entrave la compréhension du vivant. Elle consiste à croire que chaque chose est déterminée dans ses rapports aux autres, possède une place attitrée et que le monde ne saurait exister autrement. Cette idée sévit dans tous les domaines, mais la vie en est le champ privilégié. L’être vivant serait un parfait exemple d’organisation, chacune de ses parties n’existerait que pour assurer son bon fonctionnement. On le nomme d’ailleurs « organisme », un nom qui appelle de lui-même toute une philosophie. Certes, il y a des partisans de « l’ordre par l’ordre », pour qui l’ordre biologique provient d’un ordre moléculaire écrit dans les gènes qu’ils appellent « information génétique », et ceux qui prêchent « l’ordre par le bruit », pour qui l’ordre biologique provient d’un ordre moléculaire perturbé par des accidents, un processus qu’ils appellent « auto-organisation ». Mais tous s’accordent pour dire qu’il y a un ordre, dont ils prétendent expliquer la genèse.

Pourtant, une découverte contredit l’idée de l’ordre : le fonctionnement du génome est probabiliste. Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’histoire de la biologie pour comprendre son importance. Depuis l’Antiquité, il semble évident que l’aléa ne saurait être un agent causal de la vie. Darwin avait bien commencé à ébranler cette idée reçue lorsqu’il a expliqué que les êtres vivants se transforment grâce à des variations aléatoires soumises à la sélection naturelle. Mais cette théorie ne concerne que l’évolution. L’ontogenèse [la genèse des individus], elle, est toujours considérée comme un phénomène déterministe. L’idée que le hasard puisse y jouer un rôle moteur n’a quasiment jamais été envisagée. […]) L’expression stochastique [aléatoire] pose un problème : elle contredit frontalement le principe de l’ordre par l’ordre […] Cette question est si essentielle qu’on est en droit de se demander si le paradigme déterministe actuel de la biologie ne doit pas être remis en cause. C’est ce dont il est question dans ce livre[1] Ce petit texte d’introduction est constitué d’extraits des pages 13-14-16 du livre..

 

Couverture du livre de Jean-Jacques Kupiec, Et si le vivant était anarchique ?

Et si le vivant était anarchique ? La génétique est-elle une gigantesque arnaque ? de Jean-Jacques Kupiec est paru aux Liens qui libèrent en 2019.

 

 

 

 

 

 

 

 



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    Notes et références

    Notes et références
    1 Ce petit texte d’introduction est constitué d’extraits des pages 13-14-16 du livre.

    Jean-Jacques Kupiec est un biologiste et épistémologue français. Ses recherches concernent la biologie, l’histoire et la philosophie de la biologie. Elles convergent dans l'élaboration d’une nouvelle théorie de l’organisation biologique qui accorde une place centrale au hasard.